DISCOURS DU PREMIER MINISTRE
Conférence de presse du Gouvernement
Thème : Projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026
Mesdames et Messieurs,
Mesdames et Messieurs les représentants de la presse,
Chers compatriotes,
Je voudrais, avant toute chose, vous remercier de votre présence et vous dire avec gravité que les contraintes du présent mettent à l’épreuve notre capacité collective à préparer l’avenir. Notre responsabilité est de regarder la réalité en face, d’expliquer les choix qui s’imposent et d’agir pour soulager les difficultés des Sénégalaises et des Sénégalais.
Les idées peuvent diverger. C’est le propre d’une démocratie. Mais les paroles doivent être tenues et les responsabilités assumées. Notre devoir, au Gouvernement, est de dire la vérité au peuple, même lorsque cette vérité est difficile, et de prendre les décisions nécessaires à la continuité de l’État et à la protection des populations.
Depuis la Déclaration de politique générale, nous avons poursuivi le travail engagé pour mettre en œuvre la vision Sénégal 2050. Cette vision demeure notre cap. Les méthodes peuvent évoluer, les ajustements peuvent être nécessaires, mais notre ambition de transformation du pays ne change pas.
Mesdames et Messieurs,
La question qui nous rassemble aujourd’hui est celle du projet de loi de finances rectificative pour 2026. Cette LFR n’est ni un exercice de convenance ni une décision prise à la légère. Elle répond à une nécessité objective : les hypothèses sur lesquelles reposait le budget initial ont été bouleversées par un environnement économique et énergétique particulièrement difficile. La hausse du coût de l’énergie, la révision de certaines recettes attendues et les contraintes de financement imposent de réajuster les prévisions et les dépenses de l’État. Le projet officiel de LFR expose notamment l’impact de la crise énergétique et la révision des recettes attendues du Plan de redressement économique et social (PRES).
Une loi de finances rectificative sert précisément à adapter le budget aux réalités constatées en cours d’exercice. Elle permet de préserver les équilibres essentiels, de financer les engagements prioritaires et de garantir la continuité de l’action publique. Lorsque les crédits de subvention sont épuisés, les comptables publics ne peuvent pas procéder à des paiements en dehors du cadre budgétaire autorisé.
Il faut donc ajuster les autorisations et les crédits, dans le respect des règles de gestion des finances publiques.
Notre priorité est claire : protéger les Sénégalais, maintenir les services publics essentiels et éviter que les difficultés de financement ne se traduisent par une charge supplémentaire injuste pour les ménages. Nous avons fait le choix de rechercher les ressources nécessaires dans les marges disponibles et dans les dépenses qui ne sont pas exécutées, plutôt que de faire supporter directement cet effort aux citoyens.
Cette démarche intervient dans un contexte où les financements extérieurs sont devenus plus difficiles à mobiliser et où certaines ressources attendues ne peuvent être encaissées au niveau initialement prévu. Le Gouvernement doit donc s’appuyer davantage sur les ressources endogènes, tout en hiérarchisant les dépenses et en renforçant la qualité de la dépense publique.
Concrètement, le projet prévoit de préserver les autorisations d’engagement et de maintenir les investissements qui répondent aux besoins prioritaires du pays. Les notes de cadrage budgétaire font état de crédits d’investissement de l’ordre de 555 milliards de francs CFA et de la prise en compte d’arriérés de paiement à hauteur de 300 milliards. Le règlement de ces arriérés doit contribuer à soulager les entreprises concernées, notamment les petites et moyennes structures, et à permettre la reprise de chantiers qui attendent le règlement de leurs créances.
Les secteurs de la santé et de l’éducation doivent rester au cœur de nos choix. Les Sénégalais nous attendent sur ces questions essentielles. La protection sociale, l’accès aux services de base et le soutien aux populations les plus vulnérables ne sont pas des variables d’ajustement : ils demeurent des priorités absolues.
Le PRES participe à cet effort de redressement et de mobilisation des ressources. Les arbitrages opérés visent à maximiser les moyens disponibles sous contrainte, sans perdre de vue les objectifs sociaux. Les dispositifs de bourses de sécurité familiale et d’accompagnement des ménages doivent être appréciés à partir de leur objectif : mieux protéger les familles exposées aux chocs, en s’appuyant notamment sur les données et le travail de ciblage de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD).
S’agissant des mesures d’accompagnement face aux chocs, un guichet de la Banque mondiale a été évoqué pour soutenir les réponses nécessaires, notamment dans les secteurs et dispositifs concernés. Le Gouvernement entend agir avec méthode, transparence et souci de la soutenabilité. Les dépenses sensibles ont fait l’objet d’un réajustement afin de préserver l’essentiel et de réduire les dépenses qui peuvent l’être.
Nous avons également pris des dispositions sur des dossiers d’investissement concrets. Le financement de l’assainissement de Touba a été sécurisé pour 2027.
Dans le secteur de l’énergie, l’évolution des coûts a considérablement accru les besoins de subvention : les estimations mentionnées dans le dossier budgétaire font état d’une hausse de plus de 540 milliards de francs CFA par rapport à l’hypothèse initiale. C’est une contrainte majeure. Le Gouvernement a choisi de rechercher des solutions dans les investissements qui ne seront pas exécutés en 2026, autrement dit par un report, plutôt que de solliciter directement davantage les poches des Sénégalais.
Cette décision n’est pas sans difficulté. Elle traduit cependant un choix de responsabilité : préserver les ménages, adapter le calendrier de certaines opérations et concentrer les moyens sur les dépenses qui ne peuvent attendre. Il faut dire la vérité aux Sénégalais : certains investissements ne pourront pas être réalisés selon le calendrier initial. Mais nous devons aussi expliquer pourquoi ces arbitrages sont nécessaires et comment ils permettent de maintenir les priorités essentielles.
Je veux rappeler qu’un désaccord est légitime dans une démocratie. Le débat parlementaire, les amendements et le contrôle de l’action gouvernementale sont des prérogatives importantes de l’Assemblée nationale. Mais il existe une différence entre exercer le droit d’amendement et empêcher que le travail budgétaire puisse avancer.
L’article 82 de la Constitution encadre le droit d’amendement, notamment pour les textes financiers. Il précise les conditions dans lesquelles les nts portant sur les lois de finances peuvent être présentés et prévoit également les modalités de vote lorsque le Gouvernement le demande. Ce cadre constitutionnel doit être respecté par toutes les institutions. Il ne retire rien au rôle du Parlement ; il organise l’exercice de ses prérogatives dans le respect de l’équilibre des finances publiques.
Nous aurions souhaité que le dialogue engagé autour de la LFR permette de traiter les divergences dans un cadre institutionnel direct et constructif. Le Gouvernement a répondu aux exigences qui lui ont été soumises par le ministère chargé des Finances. Nous regrettons que les échanges n’aient pas permis, à ce stade, de dépasser les blocages en commission. Notre appel est simple : que le débat se poursuive, que les propositions soient formulées dans le cadre prévu et que chacun assume ses responsabilités devant le peuple sénégalais.
Je tiens à le dire sans ambiguïté que je demeure disponible pour discuter avec le Président de l’Assemblée nationale. Le Gouvernement tend la main au dialogue. Nous ne cherchons pas l’affrontement institutionnel. Nous cherchons une issue responsable, qui permette à l’État de fonctionner, aux services publics de poursuivre leurs missions et aux engagements prioritaires d’être honorés.
Concernant les crédits spéciaux, le Président de la République a indiqué sa volonté de renforcer leur encadrement, dans le respect des procédures et sans précipitation. Les évolutions institutionnelles doivent être conduites avec rigueur et dans le respect de la Constitution. Le Gouvernement est attaché à la qualité de la dépense, à la transparence et à la bonne gouvernance.
Mesdames et Messieurs,
Dans les moments de contrainte, la responsabilité publique impose de distinguer les débats politiques des nécessités de l’État. Le budget n’est pas un instrument au service d’un camp : il conditionne le paiement des engagements publics, le fonctionnement des services, le soutien aux ménages et la poursuite des investissements utiles à la Nation.
Nous invitons donc l’ensemble des acteurs à revenir autour de la table. Le Parlement doit pouvoir exercer pleinement son rôle ; le Gouvernement doit pouvoir présenter et défendre les ajustements qu’impose la situation. La confrontation des arguments doit conduire à une solution, et non à une impasse.
Je voudrais enfin rappeler que notre devoir commun est de protéger le Sénégal. Cela exige de la responsabilité dans les propos publics, de la précision dans les chiffres avancés et du respect pour les institutions. La critique est légitime ; la désinformation et les affirmations non maîtrisées ne rendent service ni au débat démocratique ni à nos compatriotes.
Notre cap reste le même : soulager les difficultés des Sénégalais, protéger les priorités sociales, assurer la continuité de l’État et poursuivre la transformation du pays dans le cadre de la vision Sénégal 2050. Nous continuerons à expliquer nos choix, à écouter les propositions utiles et à rechercher les compromis possibles, sans renoncer à nos responsabilités.
Je vous remercie de votre attention.

